Flâneries estivales

Septembre 2013

Bonjour les amis. Je vous écris de Berlin où je passe mes vacances. Et vous? Sur la côte belge? ou avez-vous opté comme tant de francophones pour la côte d’Opale, où on s’adresse à vous dans une langue civilisée? C’est quand même aux antipodes de Knokke-Le Zoute, ça! Ah bon, vous ne passez jamais vos vacances à Knokke-le-Zoute? Il est vrai que vous êtes des Juifs progressistes. Vous préférez Tarnac ou alors Montalivet. Tarnac pour les jeunes, Montalivet pour les moins jeunes. Bien que ça n’est plus ce que c’était, paraît-il. Plutôt nudiste que naturiste, me dit-on. Quelle différence? Eh bien, on veut bronzer sans marques mais on va faire ses courses, habillé. Un monde de différence. L’être et l’avoir, en quelque sorte. Mais soit, moi je suis à Berlin, où il y a des plages aussi, ne vous y trompez pas, nudistes qui plus est, mais contrairement à Montalivet, il y a aussi des musées, des monuments, des magasins et surtout du bon gaz d’échappement. Comme vous le savez, sans CO2, je déprime et je n’arrive plus à écrire.

J’y reviendrai car qu’est-ce que j’apprends? Qu’on a trouvé un colis en gare de Louvain et que ça pourrait bien être une bombe?! On dirait une blague belge! C’est grâce aux grandes oreilles d’Obama qu’on l’a détectée? Ouah, je suis impressionnée. Obama qui s’occupe d’un colis suspect en gare de Louvain… Ceci dit, quelle déception cet Obama! Pire qu’un Bush, ma parole. Nous voilà tous pistés par PRISM. Une famille américaine tout ce qu’il y a de plus ordinaire, en a fait les frais. Après quelques emplettes sur internet, dont une cocotte-minute et un sac-à-dos, le mari a vu débarquer la police armée jusqu’aux dents dans leur maison du Suffolk près de New York.

– Possédez-vous une cocotte-minute ?
lui ont demandé les policiers

– Non, mais nous possédons un autocuiseur pour le riz a répliqué le mari

– Pouvez-vous fabriquer une bombe avec ça ?

– Non, ma femme l’utilise pour cuisiner le quinoa.

– C’est quoi ça, le quinoa ?

L’histoire ne dit pas si le mari a expliqué ce que c’était que le quinoa, mais toujours est-il qu’ ils s’en sont allés comme ils étaient venus, sans avoir capturé de dangereux terroriste. Visiblement, la combinaison de ces deux vocables « cocotte-minute » et « sac-à-dos », n’a pas plu à la NSA, la National Security Agency, le super-méga-big brother américain.

J’en déduis donc qu’il faut éviter certains mots. Soyons prudents. C’est pourquoi, vous m’excuserez, mais je suis obligée de crypter ce qui suit. Sans quoi on risquerait de débarquer dans mon appartement de la Blankenbergstrasse. Attention ceci n’est pas une station balnéaire belge, mais une rue à Berlin-Friedenau.

Finalement c’est grâce à ce pauvre Sn-w–d—n que nous avons été alertés. Ne faudrait-il pas lui ————-asile à l’U-JB? ———–indiens———-certaine expérience. Mais Sn-w-d-n comment ———arriver ———rue de la V-ct–r-? On risque gros avec la NSA, et qui sait peut-être même le Moss–d? Je suis sure que nous sommes déjà dans le colli–m–teur du Moss—d. Alors, les deux combinés, ça peut faire boum! Oups, je voulais dire b—-m!

En 1827 déjà, le grand poète (juif progressiste) Heinrich Heine avait publié ce texte:

 » Les censeurs allemands ——————————————————imbéciles ——————————————————— » (Le Livre Le Grand).

Comme quoi, les censeurs (et les imbéciles) sont de tout temps, en tous lieux.

Ce qui nous ramène à Berlin (je suppose qu’après la chute du mur, le mot « Berlin » n’est plus sur la liste noire de la NSA). J’ai eu l’occasion de me balader dans la ville à vélo (très bon pour humer le CO2) et partout on y trouve des références au passé nazi. Outre le « Mémorial de l’Holocauste » ce vaste champ de stèles à côté de la porte de Brandebourg et le fameux musée juif de Libeskind, la ville est truffée de petits monuments, qui rappellent que dans cette ville vivaient à peu près 170.000 Juifs en 1933 (environ 6.000 juste après la guerre). On trébuche partout sur des « pavés de la mémoire », les Stolpersteine, qui existent aussi à Bruxelles, mais qui ont été refusés à Anvers … par la Communauté juive. Anvers est la première ville au monde à refuser les Stolpersteine, 28.000 de ces pavés ont déjà été placés dans différents pays européens. Les dirigeants juifs anversois n’ont pas aimé l’idée qu’on marche sur des noms juifs. D’autant plus que les pavés devraient être apposés dans des rues jadis habitées par des Juifs et aujourd’hui par d’autres immigrés, qui « ne sont pas sensibles à la Mémoire de la Shoah » selon le Forum anversois. Sans commentaire.

Berlin commémore cette année, les 80 ans de la prise du pouvoir par Hitler (1933-2013) par des évènements dans la ville sur le thème de « Zerstörte Vielfalt« , la diversité perturbée. Sur le Ku-dam, les Champs Élysées berlinois, les vitrines des magasins rappellent ici et là la présence de magasins juifs avant-guerre. Dans les rues du quartier bavarois de la commune de Schöneberg où habitèrent beaucoup de Juifs, une installation montre par quelque 80 plaques accrochés aux réverbères et aux poteaux indicateurs par deux artistes berlinois, une série d’ordonnances dont ont été victimes les Juifs. Quelques exemples « Les frais médicaux délivrés par des médecins juifs ne seront plus remboursés », ordonnance du 31 mars 1933 (Hitler est Chancelier depuis à peine deux mois); « Les Juifs sont exclus des associations sportives », ordonnance du 7 avril 1933 ; « Les employés de la Poste mariés à des Juives seront suspendus de leur fonction » 15 avril 1937; « Les Juifs sont tenus d’acheter la nourriture entre 4 heures et 5 heures de l’après-midi », janvier 1942 . Une plaque raconte l’histoire arrivée à un Juif qui aurait transgressé l’ordonnance qui interdit aux Juifs d’avoir des animaux domestiques. Ne pouvant se séparer de son canari, il a été dénoncé par un voisin et amené au commissariat de police où il est mort dans des circonstances « non élucidées » comme on dit. Sa femme a été priée de venir chercher son urne pour laquelle elle a du payer une taxe de 3 DM…Ce ne sont là que quelques exemples qui racontent la banalité du mal.

Dans le même quartier, une jolie école. Dans la cour de récréation, les enfants ont construit un mur. Sur chaque brique est inscrit un nom: « Ich denke an« , je pense à: Dan Birnbach, né le 14.10.1938, décédé le 4.8.1943-Auschwitz; Klaus Wiesner: né le 10.5.1938, décédé le 12.1.1943- Auschwitz; Benny Tawrigowski, né le 27.12. 1940, décédé le 12.1.1943-Auschwitz

La ville d’Anvers pourrait en prendre de la graine. Surtout depuis qu’un certain Bart De Wever et son accolyte, Liesbeth Homans essaient d’y imposer des mesures discriminatoires et vexatoires vis-à-vis des étrangers (taxe de 250 euros d’inscription pour les étrangers, suspendue par la gouverneure d’Anvers et aujourd’hui le speedy pass contesté par le Centre d’égalité des chances). On sait aujourd’hui jusqu’où cela peut mener…

Auteur : Anne Gielczyk

Ecrit depuis 20 ans des chroniques intitulées "Humeurs judéo-flamandes" dans la revue de l'UPJB, Points Critiques

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