Une rentrée incontournable

Octobre 2013

Ça y est, la rentrée est lancée. Une rentrée particulière puisqu’elle annonce une année ‘incontournable’. Toutes les années sont incontournables, me direz-vous. En effet, elles ont ceci d’inéluctable qu’elles se succèdent inexorablement. Qu’on le veuille ou non, après 5774 viendra 5775, et après 2013, 2014. Sauf que le 25 mai 2014 ne ressemblera en rien au 25 mai 2013. Car ce jour-là nous irons voter. Il s’agit de « la mère de toutes élections » d’après la N-VA. Celle qui décidera du sort de la Belgique. Depuis plusieurs mois, les nationalistes flamands l’affirment clairement, ils seront incontournables (en français dans le texte), on ne les mettra pas de côté comme en 2010. Nous entrons donc en campagne électorale. Voilà qui est également incontournable.

En effet, en mai nous votons pour toutes nos assemblées: régionales, fédérale et européenne. L’ennui c’est que d’après tous les sondages, la N-VA s’avère en effet quasi incontournable. A tel point que le mot est entré, tel quel, dans la langue néerlandaise. Voilà en tous les cas un mot dont je ne devrai pas vous apprendre la prononciation! Ça se prononce ‘incontournable’ comme en français. Pratique einh dites! A ce train-là, vous parlerez bientôt le Néerlandais comme n’importe quel Flamand!

Jusqu’à présent il n’est accolé qu’au vocable « N-VA » et à la personne de Bart De Wever, mais ça peut évoluer vite ces choses-là. Aussi vite que les retournements de veste de la N-VA, qui a démarré la saison sur les chapeaux de roue. Fin août, Siegfried Bracke, ancien patron de l’info à la télévision publique flamande, député et vice-président à la Chambre pour la N-VA annonce dans une interview à De Standaard que la N-VA est prête à rentrer dans un gouvernement sur un programme socio-économique sans accord préalable sur une nouvelle réforme -confédéraliste- de l’État. De droite, le programme socio-économique et sans le PS bien sûr. D’ailleurs, ajoute-t-il, dans un contexte européen, l’indépendance de la Flandre est une ‘notion relative’. Est-ce du mimétisme, de la ‘com’ ou du bourrage de crâne? En tous les cas, certains concepts circulent intensément à la N-VA. Il y avait déjà le mot « momentum », l’adjectif « incontournable » et voici donc la « notion relative ». Liesbeth Homans, bras droit de Bart De Wever, l’utilisa il y a quelque temps pour qualifier le racisme et maintenant Siegfried Bracke pour parler de l’indépendance. C’est comme ça qu’on ratisse à la N-VA, large, un coup à l’extrême droite, un coup au centre.

Et bien sûr, Bart De Wever est là pour remettre l’église au milieu du village. Le lendemain, il faisait, rentrée des classes oblige, –publiquement- la leçon à l’élève Siegfried: Siegfried n’a pas bien expliqué le point de vue de la N-VA, elle n’abandonne pas la réforme de l’État, au contraire, le confédéralisme est indissociable de la politique socio-économique que veut mener la N-VA. Incontournable, le confédéralisme? Pas sur, car quelques jours plus tard, nouveau retournement, Bart De Wever déclare à Terzake qu’il verrait bien le Ministre-président flamand Kris Peeters (CD&V) prendre, après les élections de 2014, la tête d’un gouvernement fédéral axé sur le socio-économique, tout en insistant sur le fait que lui a bien l’intention de rester bourgmestre d’Anvers. La N-VA n’est pas à une contradiction près. Fournir un Premier ministre reviendrait à diriger un pays qu’ils veulent voir disparaître au plus vite. Mais pour se rendre incontournables ils sont bien obligés de dire qu’ils sont prêts à le faire. Bart De Wever refile donc la patate chaude au CD&V. Wouter Beke, le président du CD&V, interrogé sur les intentions de son parti, ne dévoile rien encore. Par contre, il trouve qu’il y a dans la com de la N-VA plus de virages que sur le circuit de Francorchamps. Il ne croit pas si bien dire, car entre-temps, la N-VA a amorcé un nouveau virage: selon Bart de Wever, il est tout à fait possible de former un gouvernement sans le PS tout en obtenant le soutien du PS pour la réforme institutionnelle puisque Demotte, PS et Premier ministre de la Région wallonne vient de déclarer qu’un nationalisme « positif » est tout à fait possible. Le nationalisme, une nouvelle ‘notion relative’?

Oïeoïoïe, tout ça, c’est presque aussi compliqué que la situation en Syrie? Vous avez du mal à suivre? Pire! Vous bâillez d’ennui? Comme je vous comprends! Mais bon les amis, ces histoires sont incontournables, c’est notre avenir qui est en jeu! Alors un petit effort einh dites.

D’ailleurs voilà une nouvelle de dernière minute qui devrait vous réjouir: Dyab Abou Jahjah est de retour! L’homme qui avait été déclaré ennemi public numéro 1 en 2002 par le gouvernement arc-en-ciel de l’époque, cité en justice, condamné et puis relaxé en appel, revient s’installer en Belgique, après dix années passées au Liban, son pays natal. Pour les plus jeunes d’entre vous, je résume: Abou Jahjah c’était un peu le Malcolm X anversois. Son organisation, la « Ligue arabe européenne » prônait l’émancipation de la population arabo-musulmane dans un contexte de racisme exacerbé par le succès du Vlaams Belang. Lorsqu’un instituteur marocain en visite chez ses parents à Anvers pour le Ramadan est assassiné en décembre 2002, la tension monte. La police est sur les dents et pas toujours tendre pour les manifestants d’origine marocaine. Abou Jahjah invente alors les « patrouilles de surveillance de la police », des petits groupes de militants (hommes et femmes) en uniforme et armés de … tracts, qui avaient pour mission, je cite « de suivre la police d’Anvers comme leur ombre, dans le seul but d’éviter que notre communauté n’endure ce que les Juifs d’Anvers ont dû subir durant la deuxième guerre mondiale ». Mouais, enfin, c’est gentil de penser à nous mais c’est pas la déportation à Auschwitz quand même. De là à prétendre comme l’a fait Laurette Onkelinx, vice-première à l’époque, qu’il s’agissait d’une atteinte à la démocratie et à l’État de droit, c’était un peu excessif. Mais nous savons tous que Laurette a tendance à monter un peu vite sur ses grands chevaux, n’a-t-elle pas déclaré un jour qu’Yves Leterme était un individu dangereux?

Toujours est-il que le gouvernement arc-en-ciel de l’époque en la personne de Guy Verhofstadt, son Premier ministre, est allé jusqu’à annoncer l’arrestation imminente d’Abou Jahjah à la Chambre, et Antoine Duquesne, le ministre de l’intérieur, avait affirmé qu’il n’hésiterait pas à changer la loi si celle-ci ne permettait pas d’arrêter Abou Jajah. Alors, l’État de droit avec sa séparation des pouvoirs, oui, il en avait pris un sérieux coup et ce n’était pas du fait d’Abou Jahjah.

André Gantman, Juif anversois et membre de la N-VA (que voulez-vous, il faut de tout pour faire un monde), trouve qu’ il faut arrêter Abou Jahjah dès son arrivée en Belgique. Selon lui, il serait membre du Hezbollah et le Hezbollah est une organisation terroriste. ‘Des individus dans son genre n’ont pas leur place dans notre ville’ a-t-il déclaré dans le plus pur style ‘Deweverien’. Comme quoi, le racisme est en effet une notion relative et, malheureusement, incontournable.

 

 

Auteur : Anne Gielczyk

Ecrit depuis 20 ans des chroniques intitulées "Humeurs judéo-flamandes" dans la revue de l'UPJB, Points Critiques

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