Humeurs Light

Février 2017

Bon les amis, ça ne s’arrange pas depuis la dernière fois. J’ai rangé les boules mais je sursaute à chaque mot commençant par TR: train, tram, trou, trappe, trauma, triche, trust, trompe, … Dès que j’ouvre le journal, ça revient, j’ai peur. Et quand on a peur, on ne rigole pas surtout depuis que j’ai compris que ce TR avec sa tête de clown et son air de ne pas y toucher, eh bien il ne rigole pas non plus les amis. En quelques semaines, il en a fait plus que tous les Présidents des États-Unis réunis depuis la Guerre de Sécession. S’il continue sur sa lancée, il aura mis fin à la présence humaine sur terre avant la fin de son mandat, avant même que les Anglais aient quitté l’Europe. Pourtant, le Brexit, ça ne rigole pas non plus, ‘t is hen menens, c’est pour de vrai, comme on dit chez nous.

On a bien cru un moment que oui, bon, certes, ils avaient voté pour le Brexit, mais en pratique, ça prendrait des années et entre-temps beaucoup d’eau aurait coulé sous les ponts de la Tamise. La génération qui avait voté oui aurait déjà passé la main à la génération qui avait voté non… alors que non, les Anglais apparemment, quand ils disent non, c’est non et ce n’est pas non-mais-oui, ou oui-mais-non. On n’est pas en Belgique. Si Cameron a démissionné tout de suite, on ne peut pas en dire autant de Furlan, qui bien que ministre wallon des pouvoirs locaux, de la ville, du logement et de l’énergie, a mis une semaine à endosser sa responsabilité dans l’affaire de Publifin, l’intercommunale liégeoise, une des plus puissantes du pays. Er hat das nicht gewusst, il ne savait pas le pauvre, que des mandataires politiques qui étaient sensés y veiller à l’intérêt des communes en matière par exemple de distribution d’électricité ou de ramassage des immondices touchaient jusqu’à 2.800 euros par mois pour des réunions bidon. Nous on ne savait pas non plus mais la différence c’est peut-être qu’on aimerait vraiment savoir comment c’est possible ça. Ce qui n’a pas l’air d’être le cas du gouvernement wallon. Après quelques va-et-vient entre la majorité et l’opposition, le Parlement wallon a quand même fini par voter une commission d’enquête pour, je cite, « faire toute la transparence sur l’affaire Publifin », non sans avoir tenté d’abord d’y échapper en créant une commission « spéciale ».

C’est quoi la différence entre une commission d’enquête et une commission spéciale, eh bien c’est un peu comme celle entre le Coca-cola et le Coca Light. C’est une commission d’enquête sans enquête mais qui a le goût de l’enquête. Enfin, j’imagine, car moi je n’en bois jamais. Mais il se trouve que mon amoureux en boit, lui. Même qu’ il en consomme des litres et des litres. J’avais déjà remarqué que les gens qui boivent du coca, ils ne savent plus s’en passer, c’est d’ailleurs pour ça que je n’y touche pas. J’ai eu assez de mal à me débarrasser de la cigarette, et en matière de spritz vous n’êtes pas sans savoir que je préfère nettement l’Apérol au coca. Lui, c’est un adepte du Coca Zéro. C’est quoi ce Zéro je lui demande? Ben, ça veut dire qu’il n’y a rien, zéro. Oui mais rien de quoi? De Coca? Mais non du coca, il y en a, quand même. Zéro caféine ou zéro sucre alors? Oui tout ça me répond-il d’un air distrait. Mais alors, pourquoi il y a du Coca Zéro « sans caféine », j’insiste. C’est vrai quoi, faut être précis, parce que si le Coca Zéro c’est du coca sans sucre, quelle est alors la différence avec le Coca Light? Mon amoureux n’en sait rien, il préfère le goût du Zéro me dit-il. Je m’en vais donc chercher la réponse sur le net. Je tape « quelle est la différence entre le Coca Zéro et le Coca Light? »et j’obtiens: « Le Coca Light et le Coca Zéro sont deux versions du Coca-Cola dans lesquelles le sucre a été remplacé par des édulcorants, dont l’aspartame dans les deux cas. Le Light et le Zéro diffèrent par leur goût (ah quand même), mais aussi par leur cible marketing : féminine pour le Light, masculine pour le Zéro ». Quand on pense que ma belle-sœur préfère le Light on peut dire que ça marche, leur marketing! On est en plein cliché! On comprend mieux maintenant pourquoi TR a gagné les élections.

 

Pour en revenir à TR justement, vous avez remarqué? C’est à peu près l’unique sujet de conversation depuis qu’on a entamé l’année 2017 (avec le Pénélope-gate chez les francophones peut-être) alors qu’il y a tellement de choses importantes qui passent au bleu, vous ne trouvez pas?

Prenez Linkebeek par exemple. Quoi Linkebeek? Vous n’êtes pas au courant? Il est vrai qu’ils en ont parlé exactement dix secondes au JT, un moment d’inattention et hop! l’événement vous aura échappé. C’est pourtant une nouvelle de taille: Damien Thiéry le bourgmestre-candidat qui depuis 9 ans refuse de se retirer (version flamingante)/ qui depuis 9 ans se présente et est systématiquement recalé alors qu’il a été élu (version fransquillonne), cède la place à Yves Ghéquière, le premier échevin. Et comme celui-ci n’a jamais envoyé de convocations électorales en français, il n’aura aucun mal à être nommé. Vous n’y comprenez rien? Pourtant ce n’est pas faute de vous avoir expliqué déjà. Linkebeek est une commune à facilités et les communes à facilités sont des communes sur le territoire flamand qui ont bénéficié (version flamingante)/qui bénéficient toujours (version fransquillonne) du statut de bilinguisme. C’est pourquoi on peut dire aujourd’hui que Damien Thiéry se retire vaincu (version flamingante), se retire grand prince (version fransquillonne). Une chose est sure, c’est historique, une page de la politique belge se tourne. Le carrousel s’est arrêté.

 

C’est d’un ennui tout ça n’est-ce pas? Ça me déprime. Je me demande si je ne devrais pas prendre de temps en temps une micro-dose de LSD. C’est très tendance en Californie chez les « créatifs ». Ça remplace la cocaïne et le Prozac. C’est le Light du LSD en quelque sorte (le Zéro pour les garçons). Une dose infime suffit pour voir la vie en rose, on n’est plus fatigué et on peut s’amuser d’un rien.

Avec les mots commençant en TR par exemple: truc, troc, tip, top, trip, trip, trip, trip…