Pauvre Van Gogh!

Septembre 2017

Alle begin is moeilijk, dit-on. Parmi les débuts les plus difficiles, commencer un article est, me semble-t-il, de loin l’exercice le plus ardu. Vous l’aurez compris, comme d’habitude, on n’attend plus que ma chronique pour boucler ce numéro. Mais par où commencer? Les journées passent et rien ne vient. Comment me sortir de la torpeur estivale et faire monter l’adrénaline? En fait, il ne fait même pas chaud. Depuis plusieurs jours le ciel est gris et il pleut. Ça doit être ça qui me déprime. Je cherche des excuses? Mais oui, je vous le concède, je procrastine. Oui je sais, ce mot est difficile à prononcer. C’est à cause de ces r mal placés, un peu comme dans infarctus. Figurez-vous que j’en ai fait un récemment. Quoi? Un infarctus pardi! Enfin ce n’était pas un vrai infar, mais ce qu’on appelle un Takotsubo. Il a tout de l’infar mais ce n’en est pas un, (Trump dirait, « fake news ») car mes coronaires sont en parfait état. Aucune cause organique mais les mêmes symptômes: douleur aigüe et prononcée dans la poitrine irradiant jusque dans les mâchoires. Le cœur se contracte et prend la forme d’une jarre, celle que les Japonais utilisent pour attraper les poulpes, le Takotsubo. De là son nom. On n’en connaît pas la cause si ce n’est que cela intervient souvent après une rupture amoureuse, c’est pourquoi les Américains l’ont baptisé « broken heart syndrom », le syndrôme du cœur brisé. Personnellement je n’ai pas de chagrin d’amour, le mystère reste donc entier.

Mais donc, la procrastination. Je remets à demain ce que je devrais faire aujourd’hui. Est-ce à dire que je suis paresseuse? Eh bien non, bien au contraire! Selon le professeur Joseph Ferrari, de l’université DePaul de Chicago, le procrastineur n’est pas un je m’enfoutiste mais un perfectionniste. Il a peur de ne pas être à la hauteur et de passer pour un incapable. Le professeur Ferrari est bien placé pour le savoir, il est l’organisateur de la « Procrastination Research Conference » de Chicago. Vous vous rendez compte, toute une conférence pour se pencher sur mon problème! En procrastinant, j’anticipe en quelque sorte les critiques: « je sais ce n’est pas très bon, mais je m’y suis prise trop tard ». Mon père déjà m’avait exposé la situation quand je lui présentais de mauvais résultats scolaires « tu as le choix, ou tu es incapable ou tu es fainéante ». Le choix était vite fait. Depuis, je n’ai de cesse de prouver que je ne suis pas bête quitte à passer pour une fainéante, que je ne suis pas donc, c’est la faculté qui le dit. Et je ne suis pas la seule, loin s’en faut, 1 personne sur 5 procrastine et parmi les étudiants ce phénomène serait en croissance exponentielle.

Mais soit, je ne vais pas vous refaire, à moi toute seule, la conférence sur la procrastination de Chicago, j’ai trouvé ça le 1er août dans le Soir, en mal de copies je suppose. C’était juste avant que n’éclate le scandale des œufs contaminés. Après Publifin et le Samu social, on n’en est plus à un scandale près. Heureusement on a maintenant un nouveau gouvernement wallon et surtout un nouveau CDH. Depuis qu’ils sont alliés au MR, ils ont changé de discours, ce qui est normal pour un parti qui est « en même temps », pour reprendre une formule à la mode, à droite et en même temps à gauche. Prenez le mot « assistanat » par exemple, ça fait partie maintenant du vocabulaire du CDH, « mettre fin à l’assistanat » c’est de droite mais ça veut dire qu’ « il faut responsabiliser les allocataires sociaux (…) », qui serait plutôt à gauche, puisqu’on regarde le citoyen -que l’on « accompagne dans leur projet de vie »- « d’égal à égal » .

Mais, c’est de tout autre chose que je voulais vous parler en fait. Pendant les vacances j’ai passé quelque temps en Catalogne avec mon amoureux. On était pénards dans un petit village près de Gérone mais mon amoureux a voulu faire les soldes. Nous sommes donc partis une journée à Barcelone. Mal nous en a pris. C’était l’enfer. Des touristes partout et une chaleur torride. Barcelone a atteint un niveau tel de locations touristiques que des habitants se voient contraints de déménager. Dans certaines rues de Barceloneta (ancien quartier des pêcheurs, très populaire) on peut lire sur des affiches accrochées aux balcons « Bienvenue touriste, la location de vacances dans ce quartier détruit le tissu socio-culturel local et encourage la spéculation foncière, ce qui force les habitants à déménager. Bon séjour. »

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Mais bon, on était là pour les soldes et c’est comme ça que nous sommes tombés en arrêt devant la vitrine de Louis Vuitton, Passeig de Gracia, l’avenue Louise de Barcelone. Un petit sac ridicule trônait fièrement devant une reproduction géante du « Champs aux blés avec cyprès » de Van Gogh dont il semblait être le reflet. Cette petite chose –très laide- affichait un prix de 2100 euros. Rien que ça! Ce Van Gogh fait partie d’une série de 5 tableaux dont la Joconde, un Rubens, un Titien et un Fragonard, qui viennent orner quelques sacs Vuitton grâce aux efforts conjugués de l’artiste, l’américain Jeff Koons et de l’industrie de luxe LVMH, « leader mondial des produits de haute qualité » dont fait partie Vuitton. Les musées à qui appartiennent ces oeuvres participent également … aux bénéfices.

Voilà des gens qui ne sont pas des « assistés », mais des êtres responsables qui ont un projet de vie bien tracé. On ne peut pas en dire autant de Van Gogh qui a refusé de devenir marchand d’art, parce que l’art n’est pas une marchandise, et qui, toute sa vie, s’est fait assister sans vergogne par son frère et par le docteur Gauchet. Je ne me prononcerai pas sur la valeur artistique de ces objets (« de haute qualité » ne l’oublions pas). Même la laideur peut être artistique. Et puis Vuitton se veut une « marque transgressive » et Jeff Koons se targue d’être un artiste qui bouscule les codes de l’art. Pour lui, ces sacs ne sont pas de simples copies mais « une transcendance », « une célébration de l’humanité ». Le principal intéressé, Vincent Van Gogh, dont on peut dire avec le recul qu’il a pas mal bousculé les codes de l’art, n’est plus là pour donner son avis.

Auteur : Anne Gielczyk

Ecrit depuis 20 ans des chroniques intitulées "Humeurs judéo-flamandes" dans la revue de l'UPJB, Points Critiques

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