Un séjour à l’Hospital del Mar

Bon, désolée les amis, je vous ai laissé tomber la fois passée. Ça fait donc un bail vu qu’on ne paraît plus que tous les deux mois. Mais figurez-vous que je me suis retrouvée à l’hôpital Saint-Pierre en plein bouclage du Points Critiques de novembre sans avoir terminé mes Humeurs. Pas de faux infar cette fois-ci mais une vraie occlusion intestinale. Mon colon, que je savais long, s’est retourné comme une crêpe car le coquin n’était pas attaché à la paroi. Mais voilà, ça s’opère en un tour de main aujourd’hui par microchirurgie et j’étais à peine retapée que nous avons pu partir en famille pour quelques jours rencontrer des cousins israéliens à Barcelone.

Pourquoi à Barcelone? Parce qu’eux ne viennent jamais en Belgique (trop froid, trop antisémite) et moi très très rarement en Israël (trop chaud, trop de Juifs).

 

A peine arrivés à Barcelone, mon amoureux a fait un malaise. Après une heure de vives douleurs nous avons appelé l’ambulance qui nous a amenés à l’hôpital le plus proche, l’Hospital del mar, une bâtisse blanche moderniste des années 1920, bordée de palmiers sur la digue entre la Barceloneta et le quartier du village olympique, qui me fait penser étrangement à l’architecture de la ville blanche de Tel Aviv. On se croirait presque au Club Med mais c’est bel et bien un hôpital. Public et populaire, genre CHU Saint-Pierre mais en bord de mer, à deux pas des bars à tapas sur la plage.

14hospital del mar

Aux urgences où nous avons atterri d’abord, avant de faire, dans l’ordre, les soins intensifs, le service cardiologie, les urgences (bis) et le service des voies digestives, pas de vue imprenable sur la Méditerranée mais des box sans fenêtres, toutes portes ouvertes, donnant sur un couloir débordant d’activité. J’en retiendrai surtout la petite musique des machines qui se mettent à sonner dès qu’on les déconnecte sans les éteindre ou alors dès que le battement de cœur descend en dessous d’un seuil, jugé critique. C’est-à-dire souvent. Cette cacophonie s’ajoute au caquètement du personnel, nombreux,  jeune, dynamique, souriant et bruyant. Pas de distinction notable (couleur de la blouse, âge, sexe…) entre les infirmier.e.s et les médecins, si ce n’est en y regardant de plus près, le stéthoscope porté nonchalamment autour du cou. Les visites sont autorisées tard dans la nuit et il n’est pas inhabituel de voir des visiteurs franchir la porte de l’hôpital à minuit passé. En d’autres termes, la distinction entre la vie normale à l’extérieur et la vie de l’hôpital est presque inexistante. Quel contraste avec nos hôpitaux où tout est silencieux, mortifère et où le personnel – de plus en plus rare – semble toujours au bord du burn out.

 

Après quelques jours, la famille bruxelloise et israélienne s’en est retournée au pays. Moi et mon amoureux, nous sommes restés à Barcelone, lui à l’Hospital del mar, moi chez des amis. Des amis de longue date, catalans, cosmopolites, de gauche et plutôt indépendantistes. Une combinaison assez inhabituelle qui ne semble exister que dans cette région du monde.

Pendant qu’eux partaient rejoindre la dernière manif en date (750 000 personnes environ) pour la libération de leur gouvernement, moi je me dépêchais à l’hôpital. Puidgemont, lui, donnait des conférences de presse à Bruxelles, où il s’était enfui avec une partie de son gouvernement, n’y voyez aucune relation de cause à effet, le jour de notre arrivée à Barcelone.

De Barcelone et de son effervescence politique, je n’ai à vrai dire pas capté grand chose. Je n’avais pas la tête à ça, mais ce que j’ai compris c’est qu’environ une personne de gauche sur deux et un.e Catalan.e sur deux sont pour l’indépendance. Comment c’est possible ça, ils sont tous de gauche ou quoi? Mais non justement, tous les indépendantistes ne sont pas de gauche et tous les gens de gauche ne sont pas indépendantistes, même si pas mal de mesures prises par le gouvernement Puidgemont (indépendantiste allant du centre-droit à l’extrême gauche) étaient plutôt de gauche, et même que c’est pour ça qu’elles ont été récusées par le gouvernement Rajoy.

 

Difficile pour nous, Juifs progressistes, de comprendre comment on peut être à la fois indépendantiste et de gauche, l’indépendantisme n’est-il pas une forme de nationalisme, et tout nationalisme ne mène-t-il pas, tôt ou tard à l’exclusion de l’autre, voire au fascisme? La preuve, ici, ils sont soutenus par la NVA et pire encore, par le Vlaams Belang. Eh bien, pas chez les Catalans apparemment qui sont descendus (ou est-ce montés?) à 45 000 en avion et en bus pour venir manifester à Bruxelles sans rien casser et sans débordements, si ce n’est dans les magasins de chocolat de la Grand-Place. Leur leader Carles Puidgemont n’a pas vraiment la tête, ni la verve démogagogique d’un dictateur. Coiffure improbable (quelque part entre Mireille Mathieu et Guy Verhofstadt), et discours bizarre. Il a eu cette phrase surprenante « Avez-vous déjà vu une démonstration de cette ampleur pour défendre des criminels?  » Euh, oui Monsieur Puidgemont, malheureusement, dans les années 1930 en Allemagne, par exemple. Mais soit, c’est sans doute une déformation professionnelle de ma part. A l’heure où je vous écris, on ne sait pas si vous resterez à Bruxelles ou si vous retournerez au pays, où les hôpitaux côtoient les tapas bars sur la plage de la Barceloneta, mais je vous souhaite bon vent.

Auteur : Anne Gielczyk

Ecrit depuis 20 ans des chroniques intitulées "Humeurs judéo-flamandes" dans la revue de l'UPJB, Points Critiques

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