Un été indien

Octobre 2016

Bonjour les amis, l’été se prolonge, je me permets donc d’ajouter mon petit grain de sel à LA question de cet été, le burkini.

A vrai dire, je ne comprends pas tout ce ramdam autour du burkini. S’il y a quelque chose que j’ai toujours craint (et abhorré) c’est l’achat -et donc l’essayage- d’un nouveau maillot de bain. Une chose que je fais en moyenne tous les dix ans parce que  la plupart des maillots sont horribles (ils sont tous à grosses fleurs ou à formes géométriques dans des couleurs criardes un peu comme ces robes-tabliers de bobonnes qu’on vend sur les marchés) et puis,  aucun ne semble convenir à ma morphologie. C’est comme pour les chaussures, je me retrouve toujours entre deux tailles, ils sont soit trop courts, soit trop longs, trop étroits ou trop larges, le bustier est toujours soit trop petit, soit trop grand, trop haut ou trop bas.

Et encore je ne parle pas du bikini, un accessoire que j’ai abandonné avec un certain soulagement depuis quelques années, proclamant que mon âge n’est plus en adéquation avec le port de trois petits triangles. (Pour votre info, j’ai également abandonné –avec regret- les jupes au-dessus du genou mais pas encore le débardeur ou marcelleke comme on dit chez nous et avec le réchauffement climatique, je ne risque pas d’y renoncer de sitôt même si le haut de mes bras semble sorti d’une essoreuse).

Toujours est-il que cet été, lors d’une journée de canicule, dans une station balnéaire de la côte belge, j’ai pris mon courage à deux mains et je suis entrée dans une boutique de maillots. Avec mon amoureux. J’ai essayé au moins une dizaine de modèles. Une vraie torture, mais j’ai tenu bon. A chaque fois que j’ouvrais le rideau de ma cabine, mon amoureux se tordait de rire. Surtout en voyant ma tête, « très comique » selon lui.

En sortant de cette boutique avec mon nouveau maillot (un une-pièce très sobre, noir avec des bretelles blanches), je suis allée me changer les idées dans une librairie. J’en suis ressortie avec un petit livre intitulé « Deux pièces ». C’est ce qui s’appelle avoir de la suite dans les idées, hein les amis! Livre (décevant) d’Eliette Abecassis[1] (auteure pourtant de « La répudiée » qui a inspiré le film « Kadosh » d’Amos Gitaï dont elle a écrit le scénario) qui nous raconte l’apparition du bikini aux lendemains de la guerre, lors d’un défilé à la piscine Molitor à Paris. « Un maillot qui fit frémir l’assistance (…) Un parfum de scandale envahit le jury et l’on entendit murmurer à droite et à gauche: quelle horreur, quelle indécence ou encore quelle surprise! quelle beauté! » L’héroïne, une jeune journaliste de mode, se pose la question pertinente (mais à mon avis anachronique): comment allait-on faire maintenant pour discipliner le corps des femmes? « le maillot de la liberté se transformerait-il en un carcan encore plus étouffant que les lourdes robes corsetées, à cause de la pression sociale, (…), dans cette civilisation dominée par l’homme (…)?« .

Question pertinente donc, à laquelle nous n’échappons pas 70 ans plus tard, puisqu’il semble que se découvrir et non se couvrir semble être aujourd’hui la norme. Que ça ne convienne pas à toutes les femmes, le marché l’a bien compris, ai-je découvert lors de cette séance d’essayage, car il existe désormais une forme hybride, quelque part entre le bikini et le maillot une pièce, le « tankini ». Le tankini est un maillot constitué de deux pièces, un slip de bain et un débardeur. En général, celui-ci descend jusqu’au haut du slip, mais il peut être plus long. Pourquoi tankini? Parce qu’il y a « tant » de tissu? Non, ça vient de « tank top », le mot anglais pour le top à bretelles. Avec le tankini, nous entrons donc dans la catégorie de « baignade habillée ».

[1] Incipit, 2016

plage4

Niveau 4 sur les plages

La baignade habillée consiste à se baigner avec des vêtements de tous les jours: t-shirt, pantalon, marcelleke…Toutefois, l’appellation peut intégrer le port de vêtements spécialement conçus pour le bain, tels les tops UV (qui protègent contre les rayons UV) les combinaisons anti-méduse « stinger suit » ou isotherme « wetsuit » et bien sûr, les « tankinis » et les « burkinis ».

Nous y voilà, le burkini. Le burkini est un ensemble de bain qui recouvre tout le corps de la tête aux chevilles. Et ça, les amis, c’est très mal vu de nos jours. Pour Manuel Valls, c’est tellement grave que cela tombe sous le coup de l’état d’urgence. Tout est une question de couverture. Moins on se couvre, plus c’est « normal ». Enfin pas à poil quand même, les plages nudistes existent désormais mais ce sont des endroits réservés. Exhiber les parties génitales reste encore un tabou, comme on a pu le constater à Saint-Gilles récemment. On veut du presque nu, mais propre sur soi. Sur les plages, cela va du bikini au tankini. Le burkini c’est en quelque sorte le « pont trop loin » comme on dit en Flandre, le « trop »kini. Jusqu’au tankini, vous êtes dans la norme, à partir du burkini, vous êtes une femme opprimée et « chez nous », on fait tout pour libérer les femmes, c’est bien connu. Et si vous n’êtes pas une femme opprimée, parce que vous avez décidé toute seule comme une grande de porter ce genre de maillot, soit on ne vous croira pas, soit vous serez soupçonnée de « radicalisme ». Le burkini sur la plage, c’est comme le foulard à l’école, c’est un signe ostentatoire d’appartenance religieuse, provocateur et racoleur par définition. Ça ne favorise pas le vivre ensemble. Tandis que le deux-pièces et le tankini, oui. Le burkini, ça perturbe l’ordre public. Il est donc tout à fait logique que les policiers (en uniforme) descendent sur la plage, comme ce fut le cas cet été sur quelques plages françaises, pour mettre de l’ordre dans tout ça et inviter ces dames à se dévêtir. Faut pas pousser bobonne quand même, après on s’étonne que certains mettent le feu aux femmes voilées.

Et si elles ne sont pas contentes qu »‘elles rentrent donc dans leur pays »! Comme le disait encore le député libéral flamand Luk Van Besien à sa collègue du SP.a Meryame Kitir, syndicaliste et ancienne de Ford-Genk, après son intervention sur Caterpillar. Enfin il n’aurait pas dit ça, il aurait dit qu’avec leur qualification, les ouvriers de Caterpillar trouveraient surement du travail ailleurs, par exemple en Turquie et au Maroc. Et ça, ce n’est pas raciste, c’est juste deux pays choisis au hasard. Mais pourquoi s’en est-il pris à Meryame Kitir alors? Parce qu’elle défend des valeurs de gauche? Non, parce qu’elle est d’origine marocaine et … parce qu’elle est femme.

« Wijven moeten niet zoveel complimenten maken », disait déjà en son temps Louis Major à la Chambre. « Sois belle et tais-toi », telle est la devise, hier comme aujourd’hui, ici et ailleurs, et bien sûr toujours pour notre plus grand bien.

8 réflexions sur « Un été indien »

  1. Coucou Annetteke,
    Super la Burkina analyse.
    Et inspirant pour notre quiz de la veillée de l’An Neuf.
    Burkini: définition numéro un.
    Bikini qu’aiment admirer les boerkes (bien de chez nous )
    Kusjes
    Jacques

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  2. Excellent ! Merci, Anne.
    Quoi qu’elle fasse, la femme se retrouve toujours opprimée par les diktats de la mode ! On ne parle jamais des milliers de pieds et de dos abîmés par le port de très hauts talons, on oublie les femmes qui foutent leur santé (et leur bonne humeur) en l’air pour être super-minces; or, être mince, être perchée sur des talons et autres « musts », c’est non seulement indispensable pour plaire à une vaste catégorie d’hommes, mais c’est pratiquement obligatoire si une femme veut faire carrière dans certains secteurs du monde des « men in black »… mais non, voyons, ça ce sont des femmes libérées qui porteront certainement toutes un bikini sur la plage. Je trouve le burkini passablement ridicule, mais quel superbe pied-de-nez aux diktats de la mode !

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