Maladresses et gaucheries

Octobre 2015

On l’attendait au tournant et ça n’a pas tardé. La langue de Theo Francken, l’homme qui, depuis l’été exécute scrupuleusement l’accord gouvernemental (enregistrement de 250 demandes d’asile par jour, ni plus ni moins), cette langue a fourché. « Tentenkampje, te knus » un couac –ou dois-je dire un cuic? – sur Twitter. 18 signes, il n’en fallait pas plus et le mal était fait. « Tentenkampje, te knus » Ten-teun-kam-pjeu, les amis, c’est pourtant pas difficile, il aurait dit Hottentottententententoonstelling, là j’aurais compris. Remarquez ce n’est pas un mot que vous risquez de rencontrer souvent sur Twitter, bien trop long pour un media qui ne tolère que 140 signes, maximum. Mais soit, ce tentenkampje est juste là pour nous dire qu’à l’aire de la com et des réseaux sociaux, on n’est pas à l’abri d’un lapsus révélateur. Bien au contraire, et le public est là, nombreux pour assister au désastre et saisir la balle au bond. ‘Lapsus’ nous dit Wikipédia, participe passé du verbe « labor » « trébucher, glisser » puis « commettre une erreur ». Un faux pas du surmoi, un accident, par lequel le fond de la pensée se donne à voir. Pour Didier Reynders, le roi de la litote, il s’agit d’une simple « maladresse ». C’est sûr, avec Didier Reynders ça ne risque pas d’arriver, même son regard reste de marbre. Ce n’est pas le cas de Gwendolyn Rutten, la présidente des libéraux flamands, invitée sur le plateau de « Van Gils&gasten » un nouveau talkshow de la télévision publique flamande. Ses yeux roulaient dans tous les sens, comment communiquer une chose et son contraire, semblaient-ils dire. « Soyons honnêtes » a-t-elle commencé, une formule qui n’annonce rien de bon en général, là c’était pour dire qu’on ne pourrait pas donner des allocations à tous ces arrivants, lorsqu’elle a lancé cette phrase surprenante: « ce n’est pas comme pendant la deuxième guerre mondiale, on ne sait pas combien de temps ça va durer ». En effet, sauf qu’en 1939, on ne le savait pas non plus. Sarko le sait lui, il l’a dit en 111 signes « Nous devons accueillir les réfugiés syriens. Ils ont vocation à retourner en Syrie lorsque la paix sera revenue ». Réponse cinglante d’un de ses « followers »: « Bonjour Monsieur Sarkozy, la paix est rétablie en Hongrie. Vous pouvez donc repartir là-bas avec votre père, conformément à votre proposition ».

Malheureusement, non pas pour Sarkozy mais pour les nouveaux fugitifs, la paix ne semble plus de mise en Hongrie, ça serait plutôt l’état de siège. Enfin, tout ça pour dire qu’ils sont un peu gênés aux entournures les libéraux, la situation est délicate pour des gens qui défendent des « valeurs de liberté » comme l’a proclamé encore récemment notre Premier ministre Charles Michel à Pairi Daiza, ce parc animalier où les libéraux francophones ont tenu leur université d’été, dénommée « Estivales ». Un festival politique en quelque sorte. Un mot qu’Alexander De Croo, vice Premier pour les libéraux flamands, n’a pas l’air d’apprécier, lui. « Presqu’un festival de musique » a-t-il dit à propos du campement du Parc Maximilien, « une honte pour Bruxelles, capitale de l’Europe » a-t-il ajouté. C’est un espace public et on en fait « un camping, un marché », s’indignait-il. Et moi qui croyais que les libéraux aimaient l’initiative privée et l’émergence spontanée de nouveaux marchés. Les patrons l’ont bien compris, eux. Ces arrivants, c’est une formidable réserve de main d’œuvre, une plus-value économique, car qui dit réserve, dit pression sur les salaires. Prenez Fernand Huts par exemple, le patron haut en couleurs de Katoen Natie (une société florissante d’entreposage dans le port d’Anvers), il est prêt à embaucher tout de suite des centaines de réfugiés. Car l’entreprise a une philosophie (oui-oui) et « sa philosophie, sa culture et ses valeurs sont la force motrice de Katoen Natie » nous dit la brochure d’entreprise. Selon ladite philosophie, les employés de Katoen Natie sont des « collaborateurs ». Des collaborateurs sommés d’être « aimables avec la clientèle, économes, avides de connaissances, efficaces, créatifs et diligents ». Sûr que les Syriens, reconnaissants, adhéreront à cette philosophie, c’est la loi impitoyable du marché.

Auteur : Anne Gielczyk

Ecrit depuis 20 ans des chroniques intitulées "Humeurs judéo-flamandes" dans la revue de l'UPJB, Points Critiques

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