Quand la Belgique s’ennuie…

Septembre 2015

Bonjour les amis, depuis quelques jours, voire quelques semaines, je parcours d’un œil morne les titres des journaux, à la recherche d’un sujet pour ma chronique de septembre. Rien ne m’excite, rien ne m’accroche. Je me souviens avec nostalgie du temps où les oranges étaient bleues et où notre Premier Ministre chantait la Marseillaise un jour de fête nationale belge. A la même époque, en France, un Président à talonnettes, s’il ne chantait pas la Brabançonne un jour de 14 juillet, pour notre plus grand divertissement, avait réussi le tour de force de divorcer et de se remarier d’un été à l’autre, et ça avec à peu près la même femme.

Aujourd’hui, il faut bien le dire, je m’ennuie un peu.

Peut-être est-ce dû au fait que je lis désormais mes journaux sur la tablette. On dit que la lecture sur écran s’imprimerait moins dans le cerveau que la lecture sur le papier. Ou alors ça serait la faute à la chaleur? Au-dessus de 30°C, le cerveau a tendance à se ramollir. Même si, s’il faut en croire la dernière tendance en matière de météo, la température c’est avant tout une question de « ressenti ». Décidément, tout se perd, les amis, le nombre de degrés, qu’ils soient Celsius ou Fahrenheit ne suffit plus aujourd’hui à nous informer du temps qu’il fait. Il faut y ajouter le vent qui augmente la sensation de froid, et le degré d’humidité de l’air qui peut transformer une température de 27°C en enfer là où par temps sec, 35°C sont tout à fait supportables. Sur Internet vous trouverez même des calculettes qui transforment la température en « température ressentie », un peu comme celles qui changent votre numéro de compte à l’ancienne en IBAN. En l’occurrence, il suffit d’introduire la vitesse du vent. Comment mesurer la vitesse du vent par contre, j’avoue que ça, ça reste un mystère.

Mais on n’arrête pas le progrès, le même raisonnement s’appliquera bientôt aux retards de train. Notre gouvernement en a décidé ainsi. A la SNCB nous aurons désormais deux types de retards, les retards et les retards ressentis. Cette fois-ci rien à voir avec la vitesse du vent ou le degré d’humidité de l’air mais avec le nombre de passagers. Plus les passagers seront nombreux, plus le retard –ressenti- sera grand. Car un retard de cinq minutes d’un train quasi vide en zone rurale et celui d’un train bondé en zone urbaine, ce n’est pas la même chose « au niveau du ressenti du voyageur », comme le dit si joliment la ministre de la mobilité, Jacqueline Galant. Moi, mon ressenti me dit qu’il y a là quelque chose qui cloche dans ce raisonnement. Je ne vois pas, franchement pourquoi cinq minutes de retard sur la ligne Virton-Halanzy me paraitraient moins longs que sur la ligne Bruxelles-Ostende. « Au niveau de mon ressenti de voyageuse », s’entend. Ça sent l’arnaque, déjà qu’on avait diminué la vitesse des trains pour les faire arriver à l’heure, souvenez-vous. A l’époque, mon ressenti déjà avait tiqué. Non, tout ça me semble plutôt viser à améliorer les statistiques et donc le ressenti des décideurs.
Et si vous voulez mon avis, c’est un peu à l’image des autres mesures prises par ce gouvernement. Prenez le fameux « tax shift ». On nous dit qu’on va diminuer la fiscalité sur le travail et récupérer l’argent ailleurs, « à la fois sur la consommation et le capital ». Sur le patrimoine, par exemple, les voitures de société, les revenus du capital? Que nenni! On va augmenter la TVA sur l’électricité, sur l’alcool, le tabac, le diesel et les sodas. Une mesure « qui permet de lutter contre les comportements nuisibles en matière de santé ou d’environnement » selon Didier Reynders. Moi, mon ressenti me dit que l’augmentation des accises sur la cigarette, ça sert avant tout à renflouer les caisses de l’État sur le dos des pauvres, car c’est bien connu, de nos jours ce sont les plus démunis (et les jeunes) qui fument encore. Oui, mais les riches devront payer la fameuse taxe Caïman me direz-vous, et les entreprises un deuxième mois de congé de maladie. Eh bien non, cette mesure a été abandonnée, quant à la taxe Caïman, tous les experts fiscaux s’accordent à dire qu’elle ne sert à rien. Elle sert juste à donner le change, si j’ose dire. Entre-temps les entreprises continuent de négocier des « rulings » et l’amnistie fiscale, dont on vient de décider une quatrième édition, semble être à présent un droit acquis si ce n’est un blanc-seing pour les fraudeurs. Fraudeurs fiscaux, s’entend, pour les chômeurs et autres potentiels « fraudeurs sociaux » on a prévu des contrôles renforcés jusque dans leur chambre à coucher. Les syndicats sont très fâchés, mais tout ça a été décidé, comme prévu, en plein été, une époque où il va sans dire que la température sociale ressentie est au plus bas. Tout le monde s’en fout, tout au plus s’excite-t-on sur la composition du sirop de Liège, déclaré Halal, ou le bien-être des animaux qu’on mène à l’abattage chez les Musulmans pour la fête de l’Aïd et par extension l’abattage rituel casher qui se fait également sans étourdissement préalable. Une fois n’est pas coutume, Juifs et Musulmans, même combat. Malgré eux, du moins la majorité d’entre eux, cela va sans dire. Pour preuve, Michaël Freilich, l’inénarrable « représentant » de la communauté juive d’Anvers, fidèle à lui-même, s’est précipité pour dire que l’abattage rituel juif n’a rien mais alors rien à voir avec ce qui se passe dans les abattoirs temporaires des Musulmans.

Quant aux migrants qui seront dispatchés en Belgique, c’est certes bien triste, tous ces gens qui se noient dans la Méditerranée, mais de là à les accueillir, ah non! 61% des Belges -et Rudy Demotte- jugent qu’il y a trop de migrants chez nous, enfin, chez eux. Le Ministre président de la Communauté française semble y voir encore un coup des Flamands, qui chargeraient sa bonne ville deTournai dont il est le bourgmestre empêché, d’un nombre disproportionné de réfugiés: 3% de sa population, a-t-il calculé. Theo Francken, l’homme au crâne rasé de la N-VA, en charge de l’asile et de l’immigration, reste imperturbable et parle de responsabilités légale et morale tout en organisant l’ouverture de milliers de nouvelles places d’accueil à l’automne. Joli coup! Quelle revanche sur Laurette Onkelinx qui, lors du vote de confiance du gouvernement Michel, avait déclaré à son propos avoir entendu « résonner un bruit de bottes » et s’était indignée, index pointé, que « celui-là allait s’occuper d’asile et d’immigration ». On attend la suite. La Belgique, terre d’asile grâce à la N-VA? Ça semble peu probable, mais en attendant, au niveau du ressenti, c’est 1-0 pour Theo.

La France s’ennuie écrivait Viansson-Ponté le 15 mars 1968 à la une du journal Le Monde. « Les Français s’ennuient, ils ne participent ni de près ni de loin aux grandes convulsions qui secouent le monde (…). Le Général De Gaulle s’ennuie. (…) La jeunesse s’ennuie. Les étudiants manifestent, bougent, se battent en Europe (…) en Amérique (…) en Égypte, (…) les étudiants français se préoccupent de savoir si les filles de Nanterre et d’Antony pourront accéder librement aux chambres des garçons », écrivait-il encore.

Une semaine plus tard, le 22 mars, mai 68 éclatait à Nanterre. Pour la Belgique, tout espoir est donc encore permis. On verra à l’automne.

Auteur : Anne Gielczyk

Ecrit depuis 20 ans des chroniques intitulées "Humeurs judéo-flamandes" dans la revue de l'UPJB, Points Critiques

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