Le président chantant

Avril 2015

Bonjour les filles, oui je sais, la journée des femmes, c’était le mois passé, mais là c’est le 1er avril, on a bien le droit de continuer à rigoler un peu entre nous hein dites. Non, en fait, j’avais envie de poursuivre sur le thème du mois passé. Figurez-vous que depuis que j’ai parlé d’oxymores, j’en vois partout. Vous vous souvenez sans nul doute de la nationaliste flamande d’origine turque, Zuhal Demir, l’oxymore personnifié, voici maintenant Siegfried Bracke, le président chantant. Laurette Onkelinx s’en est fortement indignée. Laurette Onkelinx indignée, souvenez-vous ce n’est pas un oxymore mais un … mais un … oui, un pléonasme. Bravo les filles! Enfin, indignée…, depuis qu’elle et son Parti sont dans l’opposition au fédéral, entendons-nous. Une indignation sélective et qui fleure bon le théâtre. Vaudevillesque, ce théâtre, on n’est pas dans le « to be or not to be » de Shakespeare, mais plutôt dans « Ciel! Un nationaliste flamand à la Vlaams Nationaal Zangfeest! ». Je vous l’accorde, pas n’importe quel nationaliste flamand, le président de la Chambre des Représentants de Belgique quand même. Chanter à tue-tête des chants guerriers anti-belges ça ne rime pas vraiment avec cette fonction de premier citoyen de la nation, même si comme le dit Charles Michel, notre premier ministre, le nationalisme est une opinion et pas un délit. (ça, ça s’appelle un cliché). Ceci dit, ça ne fait toujours que la deuxième fois qu’il y va notre Président de la Chambre, à la Vlaams Nationaal Zangfeest. Bizarre quand même pour quelqu’un qui aime tellement chanter. En fait, il y va exactement depuis qu’il s’est converti au nationalisme flamand pour des raisons disons, opportunes (ça, souvenez-vous, c’est un euphémisme). Interrogé à la télévision flamande, sur sa conversion toute récente (bravo, la journaliste!), il explique que c’est sa grrrande connaissance de la politique (en tant qu’ex journaliste) qui l’a amené à la conclusion –oh surprenante- que la meilleure solution pour la Flandre et pour la Wallonie, c’est leur autonomie respective. Et que non- il fallait arrêter de faire des amalgames- il n’était pas séparatiste, mais autonomiste. La différence? Le séparatisme, au contraire de l’autonomisme, est un processus violent, comme lors de la création de la Belgique en 1830 (et toc! Il est très content de sa trouvaille notre président chantant).

Bon, il n’était pas le seul représentant fédéral à la Vlaams Nationaal Zangfeest, il y avait aussi ses collègues du gouvernement, Jan Jambon, le ministre de l’intérieur, et Steven Vandeput, le ministre de la défense. Et quelques milliers de participants, autonomistes, séparatistes, et autres fascistes du Vlaams Belang et de la section flamande de Pegida, tous chantant à l’unisson, gorge déployée. Ceci dit, on ne se contente pas de chanter à la Vlaams Nationaal Zangfeest, c’est aussi l’occasion d’adresser à la nation et à ses élus les revendications du peuple flamand. « Qu’ils (=nos ministres) fassent attention de ne pas se complaire dans le pouvoir des salons belges et de ne jamais perdre de vue le but ultime, l’indépendance de la Flandre » a dit leur président à la tribune. Non, « ze zullen hem niet temmen, de fiere Vlaamsche Leeuw ». Sur quoi, tout le monde s’est levé et a chanté « De Vlaamse Leeuw » justement.

Le « Leeuw van Vlaanderen » c’est aussi le nom du dernier café néo-nazi à Anvers qui vient de fermer ses portes en présence de ni plus ni moins que le fils de notre Ministre de l’intérieur, Wouter Jambon, un authentique flamingant, lui aussi, président d’un cercle d’étudiants très très à droite et très très catholique, le KVHV. Certaines traditions ne se perdent pas en Flandre. Là aussi, ils ont beaucoup chanté ce soir-là. Contre les francophones et contre les étrangers. Et, pour les Juifs, un morceau de choix: « Weldra zal de oven branden » (Bientôt le four brûlera).

Ironie de l’histoire, le lieu a été repris par un restaurateur… marocain, Abdelouahab Hazzouzi. Il a l’intention de repeindre la façade jaune en rouge et vert.

Auteur : Anne Gielczyk

Ecrit depuis 20 ans des chroniques intitulées "Humeurs judéo-flamandes" dans la revue de l'UPJB, Points Critiques

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s