Oxymores, pléonasmes et euphémismes

Mars 2015

Bonjour les filles, c’est bientôt la journée des femmes, ce billet vous est donc tout spécialement adressé. Première constatation, récurrente, on n’est pas sorties de l’auberge. Quelques chiffres éloquents: trois femmes meurent chaque semaine en Belgique des suites de violences domestiques, elles gagnent toujours 20% de moins que les hommes, alors qu’elles consacrent en plus de leur boulot, pas moins de 20 heures par semaine aux tâches ménagères.

J’en suis désolée, surtout qu’en ce jour où je vous parle, c’est la Saint-Valentin –ma fête préférée comme vous n’êtes pas sans savoir- un jour où tout ne devrait être que douceur, paix et amour. Au lieu de quoi nous avons droit au spectacle affligeant du procès pour « proxénétisme aggravé » de DSK, un libertin qui, c’est clair maintenant, n’aime pas les femmes, même s’il prétend les « aimer de façon rude ». Quel oxymore! Mais non pas DSK! Ce n’est pas une insulte, l’oxymore est une figure de style qui consiste à unir dans un même groupe, deux mots dont le sens est apparemment contradictoire. Exemples: un silence éloquent, un illustre inconnu, une douce violence, un libertin misogyne, un amour rude. Le groupe de mots « proxénétisme aggravé » serait plutôt de l’ordre du pléonasme ou de la surdétermination, comme le sont monter en haut, descendre en bas ou sortir dehors. Du grave aggravé en quelque sorte. Mais est-ce si grave, le proxénétisme?

C’est un débat qui divise les féministes –et la société- depuis des années, cette question de la prostitution. Faut-il l’abolir ou la normaliser? La sanctionner ou la tolérer? Sanctionner qui? La prostituée? Le proxénète? Le client? Pour les abolitionnistes la prostitution constitue une violation des droits humains qui prospère sur la misère. Pour les anti-abolitionnistes et les pragmatiques, la répression quelle qu’elle soit, ne tient pas compte des réalités sur le terrain et précarise les « travailleuses du sexe » au lieu de les protéger. Pour les abolitionnistes, la prostitution est toujours un esclavagisme, là où les autres estiment qu’il s’agit d’un métier comme un autre. Dodo la Saumure, qui figure comme témoin à ce procès « Carlton », n’en fait pas grand cas, lui. « Ses » filles vont et viennent, elles travaillent et sont indépendantes, prétend-il. Lui se contente de louer des chambres. 30 à 40 euros. « Pour la nuit »? s’étonne le Président. « Non, pour le rapport ». « Donc, si elle a deux rapports à la suite, elle vous doit 80 euros? » calcule le Président. « Oui, plus 5 euros pour le ménage », répond Dodo. « Vous appelez ça location de chambres? » s’exclame encore le Président. Ici pas d’oxymore, nous avons affaire à un euphémisme. Exemples d’euphémismes: location de chambres pour proxénétisme, agression sexuelle pour viol, pratique dévoyée pour sodomie, libertin pour obsédé sexuel. L’euphémisme comme cache-sexe. Et il en pleut des euphémismes au procès Carlton.

Non, les filles, nous ne sommes pas sorties de l’auberge. Une bonne nouvelle quand même, nous avons désormais une authentique nationaliste flamande, issue de l’immigration, Zuhal Demir, députée à la Chambre pour la N-VA et présidente du district d’Anvers. Un modèle de réussite et d’intégration au féminin. Elle s’est déjà fait remarquer à plusieurs reprises pour ses prises de position musclées, contre le PS (« quasi des communistes »), contre les chômeurs (« quand ils n’auront plus de quoi payer leurs factures, ils iront vraiment chercher du travail ») contre le multiculturalisme (« qui organise l’apartheid »), contre les immigrés («  »qui devraient fournir eux-mêmes un effort pour s’intégrer »), contre les syndicats (« qu’on en finisse avec ces grèves, je crois en la démocratie ») . »Le problème des femmes sera résolu le jour où on trouvera une femme médiocre à un poste important », disait Françoise Giroud. On avance, les filles, on avance.

Auteur : Anne Gielczyk

Ecrit depuis 20 ans des chroniques intitulées "Humeurs judéo-flamandes" dans la revue de l'UPJB, Points Critiques

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