Le choc des civilisations

Novembre 2014

Ça a démarré sur les chapeaux de roue cette rentrée parlementaire et gouvernementale, pas d’état de grâce pour la Suédoise! J’en ai eu des échos à 2000 km de Bruxelles, dans le Sud du Portugal. A Sinagoga, très exactement. Ça ne s’invente pas ça, une Judéo-flamande à Sinagoga. De Sinagoga, et grâce à internet, j’ai pu suivre en direct et en différé les débats à la Chambre qui ont précédé le vote de confiance. Comme vous pouvez le constater, même loin de chez nous, je pense à vous, les amis.

Et pendant que j’étais à Sinagoga, Bart De Wever, lui était à Shangaï. Il avait à peine le dos tourné, qu’ils faisaient déjà des conneries ses ministres de la N-VA. Interrogé à la radio flamande de ce qu’il en pensait des remous provoqués par les paroles malencontreuses de Jan Jambon et de Theo Francken? « Surréaliste » a-t-il dit en essuyant tout ça d’un revers de la main. Vu de Chine, encore plus surréaliste, a-t-il ajouté, une fois revenu en Belgique. Il faut dire que dans l’avion de retour de Chine, il a eu le temps d’affiner son propos. « Oui, oui, bien sûr que la collaboration a été une erreur, de principe et de tactique ». (« de principe », c’est pour le MR, « de tactique », c’est pour les Flamands). Mais, ajoute-t-il, des erreurs comme ça, il y en a eu un paquet. Et de nous citer Ratzinger et Mitterrand, pas n’importe qui, vous en conviendrez, qui se sont fourvoyés eux aussi, et de nous resservir Léopold III, le Roi des Belges  » qui était aller prendre le café chez Hitler ». Il adore cet épisode, Bart De Wever, ce Roi, qui symbolise l’establishment francophone qu’il abhorre, dirigeant une nation, qui n’a pas de sens pour lui, qui est allé fricoter avec Hitler. Normal qu’il nous la resserve à chaque occasion. Il oublie qu’à l’époque, ce sont les Flamands qui ont voté pour le retour de ce roi scélérat et les Wallons qui s’y sont opposés. Même qu’il y en a un qui a crié « Vive la République! » en pleine séance parlementaire. Que voulez-vous, les temps changent. La preuve, lui, Bart De Wever, Jan Jambon et Theo Francken, eh bien, ils n’ont rien à voir avec tout ça. C’est de l’histoire ancienne, ça, ça date de la première moitié du 20ème siècle, imaginez un peu! Lui Bart De Wever, il est né en 1970, est-ce qu’il pouvait, svp, enfin se pencher sur les problèmes de ce siècle et pas sur ceux de la première moitié du 20ème siècle?

Bref, ça le fait bien rire, Bart De Wever, et il faut bien dire que le VMO, la VNV et les collabos, ça ne fait plus frémir qui que ce soit en Flandre. Les derniers collabos sont morts. Une branche importante du mouvement flamand s’en est désolidarisée en 2000 déjà. Une résolution avait même été votée en 2002 au Parlement flamand. Nous y avions consacré un dossier dans Points Critiques à l’époque[1]. Bon, en tant que Juifs, nous n’étions que modérément satisfaits, car nulle part, il n’avait été question de « collaboration » au judéocide, le mot n’ayant même pas été évoqué, mais ce n’est pas ça, j’imagine, qui a du rester sur l’estomac de Laurette Onkelinx, quand elle a parlé du bruit de bottes à la Chambre. Au PS, on a l’indignation sélective. La négation du génocide arménien n’a jamais empêché des élus du PS d’accéder aux plus hauts postes de responsabilité gouvernementale, que je sache.

Non, ce qui a mis le feu aux poudres, c’est quand Bart De Wever a déclaré que le « verandering« , la révolution, c’est d’avoir évincé le PS, majoritaire en Wallonie, du pouvoir fédéral et qu’il espère bien, qu’ils n’y seront plus jamais. Raus! Dehors, le PS! Depuis, le PS est sur le sentier de guerre. Après 27 ans de participation au pouvoir, il peut enfin se lâcher. On compte sur eux pour mobiliser leurs troupes contre la prochaine expulsion des sans-papiers, afghans ou autres syriens, ces « illégaux criminels » comme dit Theo Francken, que le gouvernement Di Rupo avait laissé aux bons soins de Maggie de Block. On sait ce qu’il en était advenu.

Ceci dit, les francophones se trompent en faisant passer ce gouvernement pour un gouvernement flamand. Même à 2000 km de Bruxelles, on comprend que ce gouvernement, c’est avant tout un gouvernement de « centre-droit » comme le dit son Premier ministre, Charles Michel. Il se trouve qu’en Flandre le centre-droit a la majorité tandis qu’en Wallonie, c’est le centre-gauche. Vous l’aurez remarqué, ils ont au moins une chose en commun: le « centre ». Et d’ailleurs, tous appliquent une politique d’austérité, car ce dogme-là, un budget en équilibre et l’éradication de la dette publique, qu’on soit de centre-gauche ou de centre-droit, nul ne le remet en cause. Si, Magnette l’a fait, en son temps, mais plus depuis qu’il dirige le gouvernement wallon.

Charles Michel, lui, assume. Il assume sa participation à ce gouvernement en tant que seul parti francophone. Il l’a dit aussi à la radio flamande: « ik assumeer« . Je précise tout de suite, le verbe « assumeren » n’existe pas en néerlandais. Il faut dire à sa décharge qu’il n’y a pas d’équivalent en langue néerlandaise, et qu’il m’est arrivé, moi aussi, d' »assumeren« . Il assume, car la stabilité du pays en dépend. La « stabilité », « stabiliteit », c’est le maitre-mot de la majorité suédoise de ce gouvernement kamikaze. Une stabilité kamikaze, ou une kamikaze stable, du jamais vu. Mais on n’en est pas à un oxymore près. Charles Michel l’a dit et répété « een sterk socio-economisch beleid voor meer stabiliteit » et Bart De Wever, « plus de compétitivité pour un avenir de stabilité ». Des poètes, je vous dis.

La recette, elle, est simple, réduire les charges patronales et les emplois viendront tout seuls. 80 000 emplois seront ainsi créés pendant cette législature. Même Bruno Colmant, auteur pourtant de « Dettes publiques: un piège infernal », n’y croit plus, et Bart De Wever nous a prévenus: évidemment, ça dépend de la conjoncture. Et la conjoncture, eh bien, elle n’est pas fameuse. Zéro croissance dans toute la zone euro. C’est justement pour ça que les économistes comme Colmant, trouvent que ce n’est pas une bonne idée toutes ces économies en ce moment.

Et en Flandre? Eh bien en Flandre, la révolte grogne. Le gouvernement flamand, suédois lui aussi, qui se veut le défenseur du werkende Vlaming, encore un mot-clef, le « werkende Vlaming« , est allé chercher l’argent dans les poches … du werkende Vlaming et des enfants du werkende Vlaming. Réduction de la prime de logement, augmentation du minerval dans les universités et réduction des subsides dans l’enseignement en général, 7,5% d’économies dans le secteur culturel et à la VRT. Les étudiants flamands se mobilisent, les syndicats, ACV en tête, protestent et préparent une première journée de grève générale. L’automne s’annonce chaud pour la kamikaze. M’est avis qu’il faudra beaucoup « assumeren ».

[1] La Flandre entre mémoire et histoire, Points Critiques, n°66, Mai 2002

Auteur : Anne Gielczyk

Ecrit depuis 20 ans des chroniques intitulées "Humeurs judéo-flamandes" dans la revue de l'UPJB, Points Critiques

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