Humeurs suédoises

Octobre 2014

Je me suis plongée dans l’affaire Valérie Trierweiler, à mon corps défendant, dirais-je. Juste « pour voir » si ça pouvait faire l’objet d’une chronique. Maintenant je ne peux plus reculer, car le temps presse. C’est toujours comme ça au début d’une chronique, on s’engage dans une voie et il n’y a plus de retour possible, si ce n’est de déclarer forfait. C’est casse-gueule l’écriture! La preuve, ce livre de Valérie Trierweiler, ça lui revient un peu en pleine figure. Bon, je précise tout de suite, je ne l’ai pas lu et je ne le lirai pas. Comme tout le monde. Sauf Cohn-Bendit apparemment qui va le lire parce qu’il est « un voyeur normal qui aime les ragots ». Sacré Cohn-Bendit! Pas que je ne sois pas voyeuse, je le suis. Comme tout le monde. Il m’est même arrivé d’acheter, il y a des années de ça, en l’été 1992 pour être tout à fait précise, un exemplaire de Paris Match. Normalement Paris Match, je lis ça chez le coiffeur, et encore… depuis que j’ai l’iPad je continue tout simplement chez le coiffeur à faire ce que je fais chez moi, lire mon journal, surfer sur le net et envoyer des mails. Bref, le jour où j’ai acheté Paris Match, je ne sais pas si Valérie Trierweiler y travaillait déjà, mais Woody Allen figurait en couverture, car il venait de quitter Mia Farrow pour sa fille adoptive Soon-Yi. Autant dire, le choc! A l’époque, j’étais une grande fan de Woody Allen (je le suis toujours, mais un peu moins qu’à l’époque quand même). On ne peut pas en dire autant du couple François Hollande et Valérie Trierweiler. Je les trouve un peu « ennuyeux » à vrai dire. Un couple « normal » en quelque sorte, sauf qu’il s’agit, je vous l’accorde du Président de la République française. Je n’irai pas jusqu’à dire, comme Alain Finkielkraut, que ce livre de Valérie Trierweiler est un crime contre la République (et contre l’individu François Hollande). On reconnaît bien là son emphase légendaire et on s’étonne un peu que notre éminent philosophe se fende d’une Tribune dans Libé sur le sujet. Ceci dit, il en profite pour endosser la fonction présidentielle (« Si j’étais François Hollande »[1] ça s’intitule) et pour égratigner au passage les réseaux sociaux (une « hydre infernale »), Médiapart (« le site d’informations qui donne envie de changer de planète »), la Postmodernité et la République, morte selon lui (« et ce n’est pas un nouveau numéro qui la ressuscitera »). A propos de l’expression « sans-dents », Finkielkraut dit ne pas y croire et le Président lui, le vrai, l’individu François Hollande, déclare solennellement que « c’est un mensonge qui (le) blesse ». On devine qu’il l’a dit, mais que c’était pour rire. Hin hin hin. Moi, je me pose des questions sur son humour. Cynique, et surtout, pas drôle.

Mais revenons à Valérie Trierweiler et à son livre. J’ai eu beau chercher, je n’ai trouvé personne dans les médias pour la défendre. Même pas une féministe! Pas de Marguerite Duras pour l’élever au rang de sublime, forcément sublime.  » Elle est encore seule dans la solitude, là où sont encore les femmes du fond de la terre, du noir, afin qu’elles restent telles qu’elles étaient avant, reléguées dans la matérialité de la matière. Christine V. est sublime. Forcément sublime« [2]. Héroïne « médéenne », Valérie T., se vengeant avec les armes qui sont les siennes -journaliste à Paris Match (ben oui)-, femme répudiée, chassée publiquement du Palais en 18 mots. On aurait des envies de vengeance pour moins que ça. Toujours est-il que la vengeance, comme le dit le proverbe, est un plat qui se mange froid. Ici, il a été servi à chaud. Un passage à l’acte suicidaire –suicide moral, entendons-nous, pas financier- ou pour le dire en termes plus guerriers: une opération kamikaze.

Kamikaze… nous y voilà! Mais oui, nous aussi nous avons notre kamikaze. Même qu’elle est suédoise. C’est la coalition de notre futur gouvernement fédéral. Enfin, peut-être. En Belgique quand il s’agit du fédéral, il ne faut jamais préjuger de rien. Et surtout pas du nombre de jours que prendra la formation de son gouvernement. Cette fois-ci on ne sait même pas qui est pressenti comme Premier Ministre. Heureusement que nous en avons trois autres, de gouvernements. Avec socialistes en Wallonie et à Bruxelles, sans socialistes en Flandre. De l’eau au moulin de Bart De Wever qui prétend que nous vivons dans deux démocraties. Mais pourquoi suédoise, kamikaze on comprend, mais suédoise? Eh bien c’est tout bête en fait, c’est à cause de leur drapeau aux Suédois: croix jaune sur fond bleu. Bleu pour libéral, jaune pour nationaliste flamand et la croix pour les démo-chrétiens. A se demander qui a bien pu inventer un truc pareil!

Entre-temps en Suède, il y a un parti féministe qui monte, qui monte et qui a obtenu un siège au Parlement européen, le « Feministisk initiativ (FI) ». Il défend une journée de travail de six heures, le démantèlement de l’armée, l’ouverture des frontières, la gratuité des transports en commun. Pas mal, je trouve. Pour notre Suédoise, rien de tout ça, vous vous en doutez. Au contraire même. On imagine mal une Maggie De Block défendant l’ouverture des frontières, ou un Pieter De Crem, le démantèlement de l’armée. Quant aux chômeurs, qu’ils ne comptent pas sur une augmentation des offres d’emploi grâce à une plus juste répartition du temps de travail, au contraire, ils sont sommés de prouver qu’ils cherchent un boulot, pas d’en trouver un. Quant à la gratuité des transports en commun, la Suédoise flamande vient juste de la supprimer pour les + de 65 ans, qui en bénéficiaient encore. Bref, nos Suédoises sont bien ancrées à droite. Guido Fonteyn, journaliste flamand, réputé en Flandre pour ses analyses de la Wallonie, a déclaré dans un journal francophone que la N-VA est un parti d’extrême droite; les journaux francophones adorent ce genre d’analyse, on se souvient de l’interview du frère de Bart De Wever, Bruno, l’historien, qui dans Le Soir a déclaré que le président de la N-VA cachait son jeu et continuait de préparer la scission de la Belgique, ce qui donnerait, si le fait était avéré, une tout autre connotation au concept de kamikaze, mais soit. Personnellement je ne me prononcerai pas sur le supposé agenda caché de Bart De Wever, on peut se demander en effet pourquoi il ne fait partie d’aucun gouvernement. Tout ce que je sais, c’est que la N-VA n’est pas un parti d’extrême droite. C’est un parti indépendantiste et tous les indépendantistes ne sont pas par définition d’extrême droite, voyez l’Ecosse, ou la Catalogne. Celui-ci n’est certes pas de gauche, il est même ultra-libéral, on pourrait même dire « tatchérien », pour une forte réduction des dépenses publiques, avec un système de contributions inégalitaire et la conviction que chaque individu est responsable de son propre sort.

Des coupes sombres nous attendent. En Flandre, elles ont déjà commencé. On dirait qu’ils ont appliqué cette « Perle du Bac » 2014 sur le thème du « bonheur », « Pour vivre dans la joie et l’allée graisse, il faut faire des sacrifices ». Sauf que l’allée ne sera pas grasse pour tous.

[1] Libération du 9 septembre 2014

[2] Marguerite Duras: Sublime, forcément sublime Christine V., in: Libération 17 juillet 1985

Auteur : Anne Gielczyk

Ecrit depuis 20 ans des chroniques intitulées "Humeurs judéo-flamandes" dans la revue de l'UPJB, Points Critiques

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