Il y a sémantique et sémantique

Mars 2013

28 janvier 2013: dépêche de l’agence Belga: Le vice-premier ministre Johan Vande Lanotte a déclaré dans une interview au journal Le Soir, qu’il ne parlera plus de la N-VA jusqu’en 2014. Depuis, plus un jour n’est passé sans que l’on parle de la N-VA ou de BDW. A l’image de ce mois de février 2013, glacial, sombre, inquiétant … sans oublier la Saint-Valentin, l’évènement marquant du mois de février, et vous n’êtes pas sans savoir à quel point j’appréhende et j’abhorre le 14 février. Sauf que, une fois n’est pas coutume, un ami particulièrement malicieux m’a envoyé un message pour cette Saint-Valentin « pour que tu n’écrives plus qu’aucun homme ne t’a jamais envoyé de carte postale à la Saint-Valentin ». Mais est-ce que ça veut dire qu’un homme, enfin, m’a envoyé un message pour la Saint-Valentin? Ou ce message ne fait-il qu’acter qu’une fois de plus aucun homme ne m’a envoyé de message pour la Saint-Valentin? Stop Saint-Valentin, mission accomplie? J’ai bien peur que non, puisqu’une fois de plus je vous parle de ce non-événement que j’exècre.

Comment peut-on exécrer un non-événement? Bonne question, les amis, disons que ce n’est pas parce que c’est non-événement que ça n’existe pas. La preuve, je le déteste! Un non-événement c’est aussi un événement. C’est comme pour BDW, dire qu’on n’en parlera pas, c’est aussi une façon d’en parler. Donc moi je ne promets rien et d’ailleurs je joins l’acte à la parole pour vous raconter qu’on a vu BDW dans une salle de cinéma à Anvers accompagné de Liesbeth Homans qui n’est pas sa femme, mais son bras droit à la N-VA. Liesbeth Homans, surnommée la dame de fer, et appelée par certains Margaret Homans, par référence à cette autre iron lady, Margaret Tatcher, a étudié l’histoire à l’université catholique de Louvain, pardon la Katholieke Universiteit Leuven, avec Bart De Wever, et l’assiste depuis quelques années dans ses combats politiques. C’est elle qu’on voit à ses côtés lors de l’ascension des marches du Schoon verdiep de l’hôtel de ville d’Anvers le soir de la Grande Victoire Electorale Historique. Aujourd’hui elle fait partie de l’équipe qui dirige la ville d’Anvers en tant que présidente du CPAS ET échevine s’il vous plait des affaires sociales … de la diversité, du logement et de l' »inburgering« . L’association de tous ces vocables et surtout de toutes ces compétences en dit déjà long sur l’orientation politique de l’équipe actuelle. Toujours est-il, qu’ils sont allés voir ensemble « Django, unchained » le dernier Tarantino, Bart et Liesbeth. La rumeur ne dit pas s’ils ont ri ou s’ils sont restés de marbre -ce qui est un comble pour une dame de fer – devant ce déchainement de violence typiquement tarantinien cad tellement exagéré que c’est à l’évidence du second degré. Ceci dit, je ne vous parlerai pas du film de Tarantino, car je ne l’ai pas vu, je n’aime pas la violence physique, second degré ou pas, et comme je fais partie de ces personnes qui ont tendance à prendre toutes les images au premier degré, cela m’est donc totalement insupportable. C’est dommage, j’en conviens avec vous, je me prive ainsi d’un petit bijou de l’histoire du cinéma, j’en suis parfaitement consciente.

C’est d’une autre violence dont je veux vous parler aujourd’hui, la violence symbolique. Prenez le mot « allochtone ». Sensé être le contraire du mot « autochtone » (qui est issu du sol même où il habite, nous dit le Petit Robert, édition de 1981, page 134) le mot « allochtone » ne figure pas dans le dictionnaire, du moins pas dans le mien, qui est déjà assez ancien, c’est vrai. Cela signifie-t-il que la langue française, au contraire de la langue néerlandaise, ne distingue pas les autochtones des allochtones? Un spécialiste me dit que le mot figure au Robert depuis 1993 et désigne un phénomène de …géologie: « qui provient d’un endroit différent. Ex. Des roches allochtones mises en place par action tectonique ». Sur internet je trouve la définition suivante: « Se dit d’une espèce animale ou végétale qui n’est pas originaire de la région où elle se trouve ». En langue française allochtone ne qualifierait donc que les minéraux, les animaux et les végétaux et pas les humains? Voilà une découverte intéressante, on comprend mieux encore le fossé culturel qui sépare les flamands des francophones… et la lourde tâche qui incombe à Elio di Rupo pour concilier les uns et les autres.

Ceci dit, il y en a aussi en Flandre qui trouvent que ce qualificatif « allochtones », c’est franchement stigmatisant. La ville de Gand, suivant en cela l’exemple du quotidien De Morgen a décidé d’éradiquer le mot allochtone. En effet, rien de plus absurde que de dire qu’un gantois d’origine turque ou marocaine né à Gand n’est pas originaire de la région où il se trouve, en l’occurrence Gand. Qu’ils soient nés ou pas à Gand d’ailleurs, belges de nationalité ou pas ils s’appelleront désormais Turcs gantois ou Gantois turcs, mais tous Gantois nous certifie l’échevin de l’égalité des chances Resul Tapmaz, un Gantois turc selon sa propre définition, puisqu’il est né à Gand en 1977 en tant que petit-fils d’un « gastarbeider » (littéralement: travailleur invité) turc, comme on disait à l’époque, venu travailler dans les mines du Limbourg. Gand compte aujourd’hui 160 nationalités, Anvers 175. Avec ses 175 origines différentes, Anvers bat désormais New York! Mais contrairement à Gand, suivis de Louvain, Genk, Courtrai et Roeselaere et bientôt de Bruges et Hasselt , les trois villes N-VA, Anvers, Malines et Turnhout continuent de penser que le monde se divise en deux: autochtones et allochtones.

Pour BDW tout ça c’est de la sémantique. Il préfère les mesures « concrètes ». Exemple: un droit d’inscription de 250 euros pour les étrangers (ou dois-je dire allochtones?) à Anvers à partir du 1er mai. Certes, 250 euros c’est du concret quand on sait qu’un droit d’inscription coûte aujourd’hui 17 euros. Moi j’appelle ça de la violence symbolique, une façon comme une autre de signifier aux étrangers qu’ils ne sont pas les bienvenus à Anvers mais pour BDW et Liesbeth Homans, c’est une question de bonne gestion car les frais d’inscription des étrangers s’élèvent en moyenne à 330 euros. D’où sort-il ce chiffre s’interroge Meyrem Almaci, la chef de file des Verts à Anvers et puis à quoi servent les contributions si ce n’est pour établir un tarif égal pour tous.

Autre mesure « concrète » à Anvers: l’interdiction de porter un T-shirt arc-en-ciel aux guichets de la ville. Pour votre gouverne, le T-shirt arc-en-ciel est le signe de reconnaissance des homosexuels. Et l’homosexualité nous dit BDW, c’est comme toutes les autres « obédiences » ça ne s’affiche pas dans un lieu public. Je ne sais pas ce que vous en pensez mais dire que l’homosexualité est une obédience c’est de la haute sémantique ça. Ou alors c’est une gaffe, mais BDW faisant face à la l’indignation générale ne l’admettra pas. Au contraire, il nous fait encore une fois le coup du Calimero, de la victime. Tout le monde lui tombe dessus à bras raccourcis « dès qu’il ouvre la bouche ».  » C’est scandaleux », a-t-il déclaré dans une interview dans la Gazet van Antwerpen. « Je crains que je devrai encore vivre un enfer pendant un an et demie ». L’enfer… rien que ça, si c’est pas de la sémantique ça…

Auteur : Anne Gielczyk

Ecrit depuis 20 ans des chroniques intitulées "Humeurs judéo-flamandes" dans la revue de l'UPJB, Points Critiques

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