Le temps des concombres

Septembre 2012

Bonjour les amis, voilà un bel été qui se termine. Je vous écris une fois encore de Lyon: la ville de la soie, des Canuts, de la Résistance et de la gastronomie, souvenez-vous. J’espère qu’entre-temps vous y êtes allés faire un petit tour. Ceci dit, je ne vous recommande pas le mois d’août, c’est mort.

Eh oui, c’est le temps des concombres, le komkommertijd, comme on dit dans le Nord du pays, le temps où il ne se passe pas grand-chose. Pourquoi les concombres? Ça reste un mystère, que même Wikipedia ne nous aidera pas à élucider totalement. L’expression pourrait être d’origine berlinoise: au 18ème siècle le Sauregurkenzeit marquait les mois d’été avec leur arrivage de concombres/cornichons frais, mais elle pourrait être également d’origine anglaise: cumcumber-time, désignant une période de désoeuvrement pour les tailleurs (juifs, les tailleurs?) au service des nobles partis en vacances, certains allant même jusqu’à suggérer qu’elle serait carrément d’origine yiddish (Zóres- und Jókresszeit, le temps des tsures, des soucis, des malheurs)[1].

Personnellement je peux vous confirmer la version tsures. En effet, dans la nuit du 15 au 16 août, la nuit la plus « concombre » que l’on puisse imaginer, j’ai été transportée d’urgence à l’hôpital Saint Joseph, l’hôpital le plus glauque de Lyon. L’avantage d’une nuit de 15 août, faut-il le répéter, c’est qu’il n’y a personne. La ville est déserte. L’ambulance peut tracer sans problème même le long des quais du Rhône en général fort encombrés. Et puis à l’hôpital personne non plus, on aurait dit un hôpital désaffecté, abandonné après une alerte nucléaire. Même pour les malades c’est le temps des concombres. Par contre côté personnel soignant, il faut leur rendre ça, si l’environnement est glauquissime, on assure à l’hôpital Saint Joseph. Ça fonctionne bien la santé publique il me semble en France. J’ai croisé pas moins de trois médecins, une stagiaire en médecine (qui m’a quand même piquée trois fois avant de trouver la bonne veine), un radiologue, quatre infirmiers et deux brancardiers. Autant dire que je me sentais totalement prise en charge. En une nuit ils m’ont fait un check-up complet.

Rassurez-vous rien de grave, je suis tout à fait rétablie. Et puis j’ai appris quelque chose: quand vous claquez des dents et que votre corps est pris de tremblements convulsifs, ça n’est pas plus qu’une petite poussée de fièvre (genre 40°). Les médecins de l’hôpital Saint-Joseph appellent ça des « frissons ». Et moi qui croyais que les frissons c’était quelque chose d’agréable…

Sinon, grâce à la télé et grâce à Internet, j’ai pu me tenir informée de ce qui se passe en Belgique. La mort de Michel Daerden près d’une plage de la Côte d’Azur-adieu « papa »- ; des fissures dans nos centrales nucléaires. Bizarrement on n’en a plus reparlé, des fissures.

Et puis, j’ai pu comme vous d’ailleurs, suivre les JO de Londres, bien que, vu de France les JO même à Londres c’est toujours la France: athlètes français, handballeurs français, nageurs français, basketteuses françaises, escrimeurs français (pas terrible-terrible) bien que j’ai quand même décelé un engouement certain, (oserais-je dire un « frisson ») pour Kevin et Jonathan. C’est un peu la France n’est-ce pas, surtout quand ils sont bons les petits Belges. Dommage pour les frères Borlée mais nous avons eu quand même trois médailles, paraît même que c’est très bien pour un petit pays comme la Belgique: judo, ça je vois à peu près ce que c’est et puis deux disciplines dont je n’avais franchement jamais entendu parler, la « carabine couché » (non non pas « couchée », ce n’est pas la carabine qui est couchée apparemment) et le « Laser Radial »? Une petite enquête m’apprend qu’il s’agit d’un voilier (de mon temps, il n’y avait que des Vauriens, des 420 et des catamarans).

Elio était très content, il a félicité tout le monde dans les deux langues. D’ailleurs je viens d’apprendre que ça y est, c’est officiel, Di Rupo est bilingue. Selon son professeur de néerlandais, Bert Brusselmans, Elio est maintenant capable de tenir en Néerlandais une conversation sur n’importe quel sujet, avec n’importe qui et se faire comprendre. Bon, le professeur ne nie pas qu’il a encore des progrès à faire, surtout du côté des accents toniques et de la prononciation des g. Le voilà donc gueslaagd, bravo Elio.

J’ai aussi suivi « l’affaire Sofie Peeters », cette jeune flamande, étudiante en cinéma qui a fait « Femme de la rue », un travail de fin d’études sur le harcèlement sexuel dans le quartier Anneessens de Bruxelles où elle habite. On peut dire que ça a fait le buzz, « concombres » obligent. Même qu’on en a parlé dans les grands medias français, si si: France Inter, Rue 89, Libé, Médiapart, Nouvel Obs…

C’est vrai que c’est un peu ch… ces harcèlements. Remarquez que moi je supporte de mieux en mieux en fait et surtout ça m’arrive de moins en moins… (On en viendrait même à les regretter parfois). Sans rire, c’est une question délicate le harcèlement sexuel, surtout quand on est à la fois progressiste et féministe. C’est vite récupéré ce genre de sujet pour démontrer qu’il y a « échec de l’intégration ». Mais il faut bien admettre que dans certains quartiers c’est une véritable plaie.Alors culturel ou universel? Moi je dirais que c’est plutôt un problème de quartier « défavorisé », les p’tits gars ados, qui trainent dans la rue et qui ont du mal à gérer leur taux de testostérone. Et qui se croient tout permis évidemment vis-à-vis des femmes.

C’est sur, on n’est pas encore sorti du schéma de la maman et la putain. Et ça, c’est universel. Ça traverse les classes sociales et les cultures ça, la maman et la putain. Rien qu’un exemple: DSK. Ah mais lui c’est un gros cochon malade? Ah mais vous ne disiez pas ça, il n’y a pas si longtemps encore! A l’époque vous étiez d’avis qu’il n’y pas de mal à ça, juste un homme qui aime les femmes et que de toute façon en France la culture est plus libertine. Pour autant que je le sache toute femme se pose un jour la question, comment être libre et bien dans sa peau … sans risquer sa peau. Être séduisante sans être brusquée, décliner des avances sans être traitée de putain, éviter d’être tripotée, voire violée par des inconnus, dans la rue, dans les transports en commun. Au Caire c’est une vraie plaie, les filles ne peuvent pas prendre un bus sans se faire pincer les fesses, ou pire. Canvas a diffusé en juillet un documentaire stupéfiant sur ce sujet de Mohamed Diab « Les femmes du bus 678 ». Et puis combien de femmes ne trouvent pas la mort chaque jour dans l’intimité de la chambre à coucher conjugale. La misogynie est un mal qui dépasse de loin le quartier Anneessens.

Les rabbins ultra-orthodoxes de Jérusalem ont semble-t-il trouvé une solution « à la source » si j’ose dire. Non contents d’avoir séparé les hommes des femmes dans les bus et sur les trottoirs de Mea Shearim, et mis en place des patrouilles qui traquent les femmes « mal couvertes », ils portent désormais également des lunettes solaires qui brouillent la vue. Au moindre orteil dénudé, cheville découverte, avant-bras aguicheur, hop! ils chaussent leurs lunettes.

Et puis par temps de concombre, à la plage, que faire? Une seule solution pour avoir la paix, le burkini. C’est quoi le burkini? Non ce n’est pas un bikini des Bermudes, ni la capitale du Burkina Faso, c’est le bikini halal. A la différence du bikini, ça couvre tout le corps, des pieds à la tête, un peu comme nos nageuses de 1900 mais avec le foulard en plus. Personnellement je trouve que ça a l’avantage d’aller à toutes les femmes, ce qui n’est pas le cas du bikini, vous en conviendrez. Et au moins ça protège des UV. Pas de la testostérone, je le crains.

En tous les cas, Valérie Trierweiler, la première dame de France, ne porte pas de burkini, elle. Ça on a pu le constater récemment encore lors de leurs vacances normales, à François et à elle à Brégançon, la résidence d’été du Président. On a pu les voir en couverture de tous les journaux people de France et de Navarre, la main dans la main, lui en maillot version boxer short et elle en bikini (normal, le bikini). Elle était furieuse et a voulu faire interdire la publication des photos. Pourtant en tant que journaliste elle devrait savoir qu’en août c’est le temps des concombres…

 

[1]

Auteur : Anne Gielczyk

Ecrit depuis 20 ans des chroniques intitulées "Humeurs judéo-flamandes" dans la revue de l'UPJB, Points Critiques

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s